Par Intérim (Bogota, correspondance)  / Le Monde

« Si nous devions faire une minute de silence pour chaque victime du conflit armé en Colombie, nous devrions nous taire pendant dix-sept ans. » C’est dans un discours émouvant que le prêtre jésuite Francisco de Roux, président de la Commission de la vérité et de la réconciliation, a présenté un rapport intermédiaire de 896 pages, mardi 28 juin, à Bogota, dans le Théâtre Jorge-Eliecer-Gaitan, bondé. Presque quatre ans se sont écoulés depuis que cette commission a commencé son travail afin de rendre leur dignité aux victimes et de faire la lumière sur un conflit interne long d’un demi-siècle impliquant guérillas, paramilitaires et forces armées. « Devant nous se trouve la possibilité de faire nôtre, en tant que nation responsable, la blessure de nos dix millions de victimes », souligne le prêtre.

Cette commission à caractère extrajudiciaire a été créée dans le cadre des accords de paix signés en 2016 entre le gouvernement colombien, alors dirigé par Juan Manuel Santos, et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), aujourd’hui éteinte. Les travaux d’enquête ont mené les onze commissaires à conduire des entretiens avec plus de 28 000 personnes dans vingt-trois pays, essentiellement parmi les populations rurales, autochtones et afro-descendantes. Cette commission n’a pas pour vocation de prononcer des peines, mais de faire toute la lumière sur les atrocités commises lors du conflit : disparitions forcées, viols, massacres, actes de torture. Pour cela, elle a interrogé aussi bien d’ex-combattants, des militaires que d’anciens présidents.